ENVIE ET JALOUSIE À L’EPREUVE DE LA TRAGEDIE GRECQUE : APPROCHES SEMANTIQUE ET SEMIOTIQUE DES TRAGEDIES D’EURIPIDE

KARINE MESHOUB

admin 31 Jul 2014

C’est à une analyse des pièces conservées du dramaturge grec antique Euripide autour des notions d’envie et de jalousie que nous allons nous consacrer ici. Nous tenterons, en effet, de montrer comment se déploient ces deux « passions » d’envie et de jalousie, à travers les œuvres d’Euripide, en procédant à une analyse sémantique des divers termes présents dans ses œuvres, chacune étant étudiée dans sa langue d’origine (le grec ancien), pour désigner ce que les traducteurs traduisent communément par « envie » et « jalousie », en recourant parfois indifféremment à l’un ou l’autre terme français. Nous procèderons dans un second temps à une approche sémiotique de l’envie et de la jalousie dans les différentes pièces afin d’en dégager une syntaxe narrative et figurative et afin de définir le parcours passionnel des différents personnages engagés dans l’une ou l’autre des deux passions.

Ce qui nous importe, dans le cadre de cette étude, c’est de voir comment se manifestent envie et jalousie, dans les pièces d’Euripide, tant sur le plan sémantique que sur le plan sémiotique. Ce que nous souhaiterions montrer, c’est qu’au-delà du simple déploiement textuel des termes qui recouvrent les notions d’envie et de jalousie dans nos tragédies, se dessine une syntaxe passionnelle, c’est-à-dire une configuration particulière de la mise en place de l’envie et/ou de la jalousie chez certains protagonistes qui dépasse la simple utilisation d’un lexique spécifique. Envie et jalousie ne se manifestent pas dans le seul emploi de phthonos et zêlos, termes qui sont censés recouvrir les concepts d’envie et de jalousie, mais dans l’enchevêtrement d’attitudes et de réactions que le poète nous décrit avec soin. Nous nous interrogerons in fine sur l’axiologie (l’évaluation positive ou négative) qui émerge de l’attitude des protagonistes en  proie à l’envie ou à la jalousie, en terme de responsabilité et/ou de faute, avec comme point de mire le problème délicat de l’existence d’une « conscience individuelle » clairement définissable.