ELSA MORANTE: LA MÉMOIRE COMME EXAMEN PATOMORPHOLOGIQUE DES MENSONGES ROMANESQUES

Tatiana Ciocoi

admin 18 Jul 2014

Cet article met en discussion le grand « sujet » du monde moderne : la non-identité à soi de l’individu envahi par l’autre et par la connaissance que celui-ci/ceux-ci lui offre par la fabulation, l’invention, la représentation, l’illusion, la fiction, l’artifice, la création. Autrement dit, la littérature vue comme un mensonge et le revers de celui-ci – son renversement dans une auto-illusion, un enchantement, une fausseté, un « sortilège » des contes racontés dès l’aube de l’humanité. Le monde parallèle du « rêve à l’état de veille » concourt à la réalité et la remplace grâce à la complicité excessive avec ce que nous nous efforçons de croire. L’interchangeabilité de la fiction et de la réalité, du besoin de fabuler et la paranoïa qu’elle impose, est brillamment mise en scène par René Girard, le spécialiste par excellence du mensonge littéraire. La poétique de la rêverie, à laquelle a adhéré Elsa Morante est définie précisément de cette façon. Tous les personnages de ses romans sont mythomanes, abouliques, victimes d’un rapport défectueux avec la réalité causé par la prolifération incontrôlée du mensonge. Ayant une ascendance quichottesque et bovaryque, leur folie ne vient pas de la lecture des livres, parce que les personnages morantiens sont « posthumes », ils viennent après le livre et après la lecture, quand les Grands Livres ont sauté dans la réalité, l’ont infectée, devenant connus avant d’être lus. Leur mensonge est un signe de la mémoire, de la connaissance du passé, de l’invasion de l’autre et de l’aliénation.

AUTOFICTION, OBLIQUITÉ ET AUTRES «ÆNCRAGES» DANS LA REPRÉSENTATION DISCURSIVE DU MOI INTIM

Ela Vălimăreanu

admin 18 Jul 2014

Cette étude portera sur la mise en acte des stratégies fondamentales que Georges Perec déploie dans son espace scripturaire afin de représenter des bribes de son intériorité meurtrie. L’écrivain n’a de cesse à biaiser avec la réalité par le truchement de ses nombreux artifices rhétoriques fondés essentiellement sur le jeu ambigu de cache-cache entre le réel et ses représentations, entre le vrai et le faux, la mémoire et le trou de mémoire,  pour construire ses remparts de mots face à la terreur de la confession. Georges Perec s’avère être le maître du déguisement et sa rencontre avec l’Histoire, qui lui a produit une mutilation du souvenir, est maîtrisée obliquement, par le détour de la fable et de l’humour  mais aussi par le blanc et  la case vide,  strictes codifications déployées pour la ré-écriture d’une autobiographie éclatée. Les techniques de travestissement et de détournement le mènent à développer une poétique du manque, du silence, du fragmentaire, matérialisation discursive de ses tropismes intérieurs. Pour la mise en fiction de sa subjectivité, Georges Perec procède à des variations autour du moi et à une ambivalence d’attitude tantôt ludique, tantôt dérisoire, dégagée ou détournée, pour faire une approche oblique de l’autobiographie, façon de travestir une blessure par la force de l’autofiction. Cette étude cherchera à parcourir les formes et les fonctions de la mémoire perecquienne, les sillages du souvenir, à partir de celui qui s’insinue sournoisement dans l’espace fictionnel jusqu’à celui qui, en quête d’une altérité, avance masqué, s’efface ou se dilue dans des non-dits. Œuvre protéiforme à l’esthétique déroutante et déguisée, inlassablement traversée par un auto-marquage encrypté, la création perecquienne, par le biais d’une mémoire qui se bricole sans cesse sous le signe du faux pris pour le vrai, se donne et se refuse à la fois, s’offre et se replie sur elle-même, s’accumule sans cesse ou se brise dans mille éclats et fêlures, pour dire de façon allusive, subtile et subversive, les «æncrages» et les lieux rhétorique de la mémoire du moi

MEMORY AS THE PROTECTION OF IDENTITY IN THE STATE OF EXILE. THE POETRY OF MARIA PAWLIKOWSKA – JASNORZEWSKA

BEATA MORZYNSKA -WRZOSEK

admin 27 Jul 2012

The main conundrum discussed in this article is Maria Pawlikowska- Jasnorzewska’s definition of the identity of poetic creativity in exile. The act of selfdetermination is understood as a dynamic process, open to constant change and confrontation. In a state of exile, which is recognized as one of loss and coercion, confrontation with an alien cultural space conveys the demand to remain a stranger. Memory, for an exile, is a guarantee of cultural quality and allows the exile to challenge basic values and to seek protection, which provides a sense of and ensures continuity. In addition, images deposited in the memory bank, characterized by intimacy and privacy, blend in with the search for compensation.