LA TRANSMISSION DE L’INDICIBLE PAR LE MÉTISSAGE DES DISCOURS SCÉNIQUES DANS SAMEDI DÉTENTE

Claudia Blouin

admin 22 Feb 2017

Si l’étiquette « danse-théâtre » semble effrayer tant les créateurs que les critiques et les programmateurs, les quelques artistes qui s’en réclament de nos jours utilisent cette forme interdisciplinaire, voire indisciplinée, afin de démultiplier les possibles du discours théâtral et de donner une place de choix au corps dans la communication sensible qu’ils engagent avec les spectateurs. À travers des exemples tirés du spectacle Samedi Détente créé en 2014 par la chorégraphe Dorothée Munyaneza pour souligner les 20 ans du génocide rwandais, nous questionnerons les voies qu’emprunte le métissage des discours de la danse-théâtre ainsi que du conte et de la musique contemporaine. Nous verrons donc comment le corps dansant voyage entre l’interprète qui se présente comme tel et le personnage fictif, comment certaines qualités de la danse permettent au discours de s’incarner, ouvrant les sens du spectateur pour mieux le sensibiliser au propos. Nous verrons encore comment la prise de parole s’intègre dans le corps par un glissement progressif hors du conte, du mot énoncé et répété au mot chanté, voire dansé. Enfin, nous nous pencherons sur la musique contemporaine qui sert d’agent liant entre le théâtre, le conte et la danse, ajoutant ainsi une quatrième branche au discours. En bref, nous examinerons l’ampleur de l’impact émotif que ce tissage de formes de discours peut avoir sur la réception d’un message politique.

ALTERITÉ CULTURELLE ET DISCOURS THÉÂTRAL: CONSTRUCTIONS SÉMIOTIQUES

Florinela Floria

admin 22 Feb 2017

Notre recherche propose une analyse des images de l’altérité mises en forme par le biais des procédés spécifiques au discours théâtral. On s’arrêtera sur l’image de la femme telle qu’elle se dévoile dans le projet international Maman, mené par le Théâtre de la communauté (Belgique). A travers les pièces de théâtre qu’on met en scène, le but – lit on sur le site de la troupe – est de faire émerger « une réflexion artistique sur le thème des femmes et de la maternité ». L’approche que nous proposons suit la théorie chronotopique de l’altérité, qui envisage l’autre comme une construction discursive, en fait une (co)construction, compte tenu de la dialectique identité-altérité. Le traitement théâtral de l’altérité permet une spectacularisation de l’image de l’autre dans le jeu dialogique des miroirs réfléchissants de la construction identitaire.

HEURS ET MALHEURS DU DISCOURS THEATRAL CHEZ TARDIEU

Emilia Munteanu

admin 22 Feb 2017

La complexité du discours théâtral, fait d’un discours rapporteur pluriel et d’un discours rapporté multiple, rend la tâche du chercheur ardue. Toute l’histoire du discours théâtral est marquée par ce que Anne Ubersfeld appelle « le présupposé : je joue ». Et il ne fonctionne qu’à l’intérieur des limites d’un ludant scénique. Cependant, longtemps la scène s’est donné du mal pour occulter ce présupposé et créer un effet de réel. En revanche, le théâtre tardivien s’ingénie à en avertir l’énonciateur spectateur non seulement en lui dévoilant la théâtralité mais en le prenant pour complice sinon comme coproducteur du spectacle. En s’enquérant de la force du langage (Les temps du verbe, ou Le pouvoir de la parole), sans céder pour autant au logocentrisme (Les mots inutiles, Une soirée en Provence, ou Le mot et le cri), se laissant séduire par la tentation du langage originaire, Tardieu n’hésite pas à en faire voir les faiblesses (De quoi s’agit-il ? ou La méprise), à lui préférer le non verbal ou bien à jouer avec les phonèmes et les lexèmes (Le sacre de la nuit, ou L’amour à la fenêtre) afin d’opérer une reconstitution de l’unité originaire grâce au maniement lyrique du langage. Car cet oulipien, pareillement à Artaud, aux dadaïstes mais également inspiré par les musiciens, nous invite à redécouvrir la saveur du langage en nous faisant envoûter par le plaisir du dire ludique indissociable du poétique et voisinant avec l’enfantin. Cet intérêt prêté au signifiant rapproche le théâtre de la poésie et de la musique fonctionnant ainsi comme une sorte de descensus ab origine du théâtre lorsque dans l’antiquité grecque les choreutes chantaient et dansaient devant les spectateurs.