LA PASSION ORPHIQUE ET L’EXPÉRIENCE DU SACRÉ DANS LA PROSE FANTASTIQUE DE MIRCEA ELIADE

ADIA CHERMELEU

admin 31 Jul 2014

La poétique fantastique de Mircea Eliade, très différente de celle occidentale, ne renvoie pas seulement à la théorie des genres littéraires, beaucoup plus complexe, elle découle de la modalité du philosophe, du savant et de l’artiste d’envisager le monde. Dans la vision orientale et même orthodoxe de l’écrivain roumain, le fantastique ne propose plus une évasion du réel ou la création d’un autre monde, soumis à d’autres lois. Au contraire, le fantastique de Mircea Eliade, camouflé dans le profane, surgit du réel et d’une autre compréhension de l’histoire dans laquelle l’homme, point d’interférence des énergies individuelles et cosmiques, vit dans un univers chargé de significations qui l’invite à déchiffrer au moins une partie de ses mystères. Dans cet univers, le réel communique avec le fantastique, le monde d’ici et le monde d’au-delà se trouvent dans une parfaite osmose en créant le sentiment d’une vaste solidarité cosmique où le passage d’une dimension à l’autre se fait d’une manière très naturelle, imperceptible. Une autre dimension de la prose fantastique de Mircea Eliade porte sur la fonction salvatrice, pédagogique de ce genre dans laquelle les légendes, les croyances, la liberté, l’immortalité, l’amour et la mort sont un jeu infini entre le sacré et le profane, entre le ciel et la terre. Lieu de rencontre ambigu et incitant, l’univers fantastique de Mircea Eliade, très encré dans la spiritualité roumaine, représente un pont entre diverses cultures, entre la culture populaire et la culture moderne, entre l’Orient et l’Occident. Notre étude propose un retour à la passion orphique de ce visionnaire des mutations culturelles, afin de repenser le rôle de la création dans la nouvelle configuration du monde.