DES TENEBRES IMPERIALISTES AUX LUMIERES APOCALYPTIQUES : JOSEPH CONRAD ET LE MODERNISME


Posted On Oct 18 2011 by

On peut tirer des parallèles d’une surprenante fidélité entre la fin de ce qu’on appelle largement la colonisation ou, d’un point de vue ethnocentrique, l’Empire britannique, et l’avènement en littérature de la mouvance moderniste. On peut même se demander si la nouvelle identité nationale et, en partie, multilingue, mise en place par l’expansion impériale, n’a pas conduit certains écrivains vers une démarche moderniste. Lacan a écrit que l’inconscient est construit comme un langage. Cependant le langage, que ce soit celui du maître ou de l’esclave, est modifié par la rencontre avec l’Autre et l’acceptation — ou non — du rôle social de chacun. Quand l’esclave emploie la langue du maître, comment la société sait-elle qui est qui ? On peut avancer que l’un des écrivains charnières de cette métamorphose du langage social est Joseph Conrad, de par sa qualité de multilingue, de par une vie de voyage et d’écriture située à cheval sur les deux siècles de l’impérialisme et de la décolonisation, de par les différentes lectures que permettent ses écrits — mises en évidence par les nombreuses adaptations cinématographiques ou télévisuelles produites depuis. Dans le cadre de la conférence « Signes particuliers. Langue, discours, société », je propose d’explorer à travers deux œuvres et leur correspondance cinématographique : Heart of Darkness (1899) et Lord Jim (1900) qui donnèrent respectivement Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1977) et Lord Jim de Richard Brooks (1965), la mentalité collective produite par l’impérialisme britannique et la brèche linguistique ouverte par Conrad dans l’imaginaire littéraire de l’époque, ouverture que l’on peut imaginer comme l’une des fondations de l’aventure moderniste et un nouveau regard sur l’histoire contemporaine.

Last Updated on: October 18th, 2011 at 8:15 P, by admin


Written by admin