ÊTRE ET AGIR DANS UN ROMAN MÉDIÉVAL : LE « HAPPY END » DU TRISTAN EN PROSE SOUS UN JOUR PRAGMATIQUE


Posted On Oct 15 2018 by

Si l’agir humain peut être décrit comme un face-work ou « travail des faces » (Goffman, 1974 : 15) à la fois territorial et honorifique, où tout (inter)actant entend faire bonne figure, il est pertinent d’étudier un roman chevaleresque comme illustration de cette interaction particulière qui prend corps (et face) grâce à la communication littéraire. Entre récit verbal et iconographique, entre face négative et face positive, le Roman de Tristan en prose, œuvre phare du XIIIe siècle, avec sa macrostructure narrative relevant d’une tradition des plus riches de la littérature française médiévale (80 manuscrits), met en scène une façon unique – tristanienne – de structurer la praxis du souvenir, à l’intention des générations futures de lecteurs.    Le chevalier Tristan, champion de l’amour, réussit à garder la face tout en perdant la vie, lors des dernières séquences de son existence romanesque ; au fil de quelques folios, il institue le deuil aux robes noires, la commémoration à l’écu suspendu et le panégyrique poétique, réalisé au moyen des lais composés et chantés à la cour d’Arthur. Paradoxalement, l’amant légendaire de la reine Yseut n’a jamais fait meilleure figure qu’à l’époque de sa mort. Surpris seul avec Yseut, il est exécuté comme traître et traité d’amant, mais finit par être honoré comme champion. Pour réussir un tel tour de magie, il exécute plusieurs actes de langage qui mobilisent le personnel chevaleresque à son profit. Dans la présente étude, à travers quelques épisodes de la Vulgate tristanienne, nous explorerons le dernier vœu comme interaction langagière réussie, la perte de vie comme regain d’image.

Last Updated on: October 15th, 2018 at 7:26 P, by admin


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