ELSA MORANTE: LA MÉMOIRE COMME EXAMEN PATOMORPHOLOGIQUE DES MENSONGES ROMANESQUES


Posted On Jul 18 2014 by

Cet article met en discussion le grand « sujet » du monde moderne : la non-identité à soi de l’individu envahi par l’autre et par la connaissance que celui-ci/ceux-ci lui offre par la fabulation, l’invention, la représentation, l’illusion, la fiction, l’artifice, la création. Autrement dit, la littérature vue comme un mensonge et le revers de celui-ci – son renversement dans une auto-illusion, un enchantement, une fausseté, un « sortilège » des contes racontés dès l’aube de l’humanité. Le monde parallèle du « rêve à l’état de veille » concourt à la réalité et la remplace grâce à la complicité excessive avec ce que nous nous efforçons de croire. L’interchangeabilité de la fiction et de la réalité, du besoin de fabuler et la paranoïa qu’elle impose, est brillamment mise en scène par René Girard, le spécialiste par excellence du mensonge littéraire. La poétique de la rêverie, à laquelle a adhéré Elsa Morante est définie précisément de cette façon. Tous les personnages de ses romans sont mythomanes, abouliques, victimes d’un rapport défectueux avec la réalité causé par la prolifération incontrôlée du mensonge. Ayant une ascendance quichottesque et bovaryque, leur folie ne vient pas de la lecture des livres, parce que les personnages morantiens sont « posthumes », ils viennent après le livre et après la lecture, quand les Grands Livres ont sauté dans la réalité, l’ont infectée, devenant connus avant d’être lus. Leur mensonge est un signe de la mémoire, de la connaissance du passé, de l’invasion de l’autre et de l’aliénation.

Last Updated on: July 18th, 2014 at 10:13 P, by admin


Written by admin