AUTOREPRÉSENTATION IRONIQUE DANS LES ROMANS FRANÇAIS DE MILAN KUNDERA


Posted On Jul 18 2014 by

Dans l’œuvre romanesque française de Kundera, les arcanes des diverses instances énonciatives (auteur, narrateur, lecteur, personnages) égarent jusqu’aux définitions mêmes de celles-ci. Les personnages gagnent ainsi en mobilité et en flexibilité au sein d’un espace textuel narratif mouvant. Ce jeu habile des masques, reflet de devenirs virtuels du monde actuel, est mené sous la gouverne d’une ironie  qui rend fragile sinon impossible le saisissement de ces identités postmodernes. Mais paradoxalement, de quelle puissance génératrice découlent de telles identités, de quelle « matrice » ?

Au même titre que l’écriture métaphorique ou cryptée, Kundera fait de l’ironie un masque qui dissimule une identité qui se veut insaisissable. Si l’ironie reste son procédé le plus éloquent, c’est bien que le regard porté sur l’être humain par cet auteur est empreint de la vacuité même de la quête et peut-être de la reconnaissance de soi.

Les identités d’auteur, de personnage, de lecteur, semblent pourtant relever d’un même individu et ce jeu de chaises musicales ouvre à un nombre infini d’expériences des réalités. Entre veilles et rêves, entre authentique et faux, le reflet d’un soi multiple, plus que d’un moi unique, se parle tant par la contextualisation historique de L’ignorance, que par la présence fugace et inattendue de l’épouse de l’auteur dans La lenteur ou encore, par l’occurrence des apostrophes du narrateur au lecteur ou aux personnages. Les uns n’excluent pas les autres et ainsi de suite, ce qui ne manque pas de provoquer un effet d’enchâssement contribuant à la complexification de la représentation de l’écrivain. Kundera parvient cependant à se présentifier en tant que puissance unique, déjà attestée par ses exigences impérieuses de traducteur. Qu’est-ce que, ou est-ce encore se représenter, que se représenter en ironiste suprême ?

Last Updated on: July 18th, 2014 at 10:10 P, by admin


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