AUTOPORTRAIT ET ALTÉRITÉ DANS L’ŒUVRE PHOTOGRAPHIQUE DE FRANCESCA WOODMAN


Posted On Jul 18 2014 by

L’œuvre de Francesca Woodman est principalement constituée d’autoportraits revendiqués, mais aussi d’autres photographies qui laissent apparaître un corps sans visage, coupé par le cadre ou simplement caché par un objet. Cette déroute du regard pourrait controverser la théorie de l’épiphanie du visage d’Emmanuel Lévinas, pourtant, même lorsque le visage se refuse la transcendance de l’autre s’opère. Il y a chez Francesca Woodman une bascule de l’autoportrait, ses photographies laissent apparaître une identité en construction, se développant selon ses préoccupations plastiques et ses interférences avec le milieu artistique. C’est un personnage en fragmentation, une non-entité (Chris Townsend) se présentant comme une entité, entre présence et absence. L’idée d’un moment fugace pris sur le vif surgit, des éléments fébriles, fragiles, mis en branle, fixés comme par une suspension particulaire des instants. Des fleurs délicates et précaires, aux arômes faisant référence à la fois à sa condition de femme et à sa fragile incidence sur le cours des choses, ces miroirs où elle s’observe, où nous la voyons s’observer : vaste imitation d’un narcisse se reconnaissant, se sachant observé mais ne désirant pas porter le regard, un regard pris au piège du reflet qu’elle nous renvoie. Elle projette ce mensonge, jeu de dupe, rhétorique de la vanité ; cette réflexion au miroir projette le spectateur vers sa propre introspection, l’homo bulla ou le paradoxe de la figuration.

Last Updated on: July 18th, 2014 at 10:41 P, by admin


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